Depuis les élections législatives, on suit avec une certaine délectation les débats à l’Assemblée nationale. L’ex-futur Premier Ministre Mélenchon n’y est pas présent et c’est bien regrettable car le spectacle eût été total.

Restons sérieux : la France mérite mieux qu’un spectacle. Le peuple de France souffre depuis bien trop longtemps. Et si l’Assemblée nationale est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est parce que ce peuple, qui sort de cinq ans de crises permanentes, demande à un président qui a fait la pluie et le beau temps pendant un quinquennat, de l’écouter enfin, pour de vrai, et surtout d’écouter les camps adverses dont il pourrait parfois s’inspirer. C’est en tout cas ce que les électeurs espèrent.

Car la France a vécu plusieurs mois d’élections mouvementées : une présidentielle violente qui a vu la victoire par défaut d’un homme fatigué. La finaliste, qui avait annoncé qu’elle perdrait pour la dernière fois, a clairement remporté les législatives, avec 89 députés à l’Assemblée nationale. L’extrême gauche, dont le champion ne s’est pas présenté aux législative après avoir terminé la course à la présidentielle au troisième rang, a réussi à s’allier avec la gauche classique sous l’appellation « Nupes » et à faire élire un total de 149 députés (mais 84 députés de la France Insoumise). Il en fallait un peu plus pour devenir Premier Ministre. Tant pis pour la sixième République.

Les Républicains (LR), qui sont les seuls grands perdants des élections de 2022, avec une candidate qui a obtenu moins de 5% à la présidentielle et seulement 74 députés (et encore, après avoir additionné les députés UDI et divers droites…), ne savent plus à quel saint se vouer : Nicolas Sarkozy les a trahis en soutenant M. Macron. Mais surtout, LR ont un problème de ligne : nul doute qu’Eric Zemmour leur a siphonné des électeurs en obtenant 7% au premier tour de la présidentielle. Son résultat eût été meilleur s’il n’y avait pas eu la crainte, chez les électeurs de droite, de voir M. Mélenchon accéder au second tour, ce qui les a forcés à voter « utile ».

En s’alliant avec le Rassemblement National, et parfois à LR, la Nupes pourra rejeter des propositions de loi du gouvernement d’Elisabeth Borne. Et cela a déjà commencé : mardi 12 juillet, lors de l’examen du projet de loi sanitaire, les voix unies de la Nupes, des LR et du RN ont accepté, avec 183 votes contre et 196 votes favorables, un amendement du Rassemblement National visant à exempter les mineurs du passe sanitaire aux frontières. Les députés macronistes furent « sous le choc ». Autrement dit, ils découvrirent que l’autocratie est terminée, au moins pendant cinq ans, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour la démocratie à la française.

Puis la majorité macroniste parvint à faire passer certains amendements. Mais au bout de la nuit, l’opposition encore unie supprima l’article 2 de cette nouvelle loi sanitaire, qui imposait le passe sanitaire aux frontières, entre la Corse, les Outre-mer et la France métropolitaine. L’opposition peut enfin remplir son rôle d’opposition. Pendant cinq ans, elle a surtout fait de la figuration, et c’est cela qui insupportait les Français.

Mais les députés feraient vraiment gagner la France s’ils se respectaient tous. Comment expliquer que des poignées de mains soient refusées aux députés du Rassemblement National, par exemple ? Tous les députés représentent tous les Français, et s’il est une attitude que la population ne veut plus voir, c’est bien celle, arrogante, qui veut faire croire à tous qu’il existerait des sous-députés, représentants de sous-citoyens.

En refusant de voter la censure voulue par la Nupes, le Rassemblement National voulut surtout prouver à la France qu’il est un parti crédible et constructif, et il poursuit ainsi sa politique de dédiabolisation et de respectabilité. Avec des représentants tels que Thomas Ménagé ou Alexandre Loubet, il pourrait bien gagner son pari. On est à des années-lumière des discours rances du Menhir.

Cette semaine, c’est la loi sur le pouvoir d’achat, un thème on ne peut plus crucial de la dernière présidentielle, qui entre en jeu. Relèvement du plafond de la défiscalisation des heures supplémentaires, prime Macron, aide alimentaire de rentrée… nul doute que les électeurs ne resteront pas insensibles aux décisions de leur parti. Le RN vote plutôt avec la majorité et LR, par pur pragmatisme, là où la Nupes peine à sortir de la politicaillerie.

Faut-il vraiment revenir sur le moment polémique, celui où les députés RN ont quitté l’hémicycle, lorsque Mathilde Panot, qui venait de mettre sur un pied d’égalité les 89 députés RN et la rafle du Vél d’Hiv ? John Milton Club, d’une manière générale, considère que l’intérêt supérieur de la Nation mérite mieux que cela.

La majorité macroniste s’accommode bien du soutien facile du RN à la quasi-totalité des mesures sur le pouvoir d’achat, même si Marine Le Pen a tout d’abord critiqué le projet en lui reprochant de ne pas aller assez loin. Quant aux LR, ils se satisferaient du litre de carburant à 1,50 euro et de l’annulation de la hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités.

Les débats ne sont pas encore terminés. Remarquons les premières tendances du quinquennat et voyons si elles tiennent sur la durée : une extrême gauche outrancière, un RN qui est prêt à tout pour montrer à la France entière qu’elle a eu tort de ne pas lui donner les clés du pouvoir, un parti LR qui se cherche un nouveau président (la tâche sera ardue, il existe tant de lignes différentes au sein de ce parti), une majorité macroniste un peu déboussolée par cette nouvelle donne. Et puis après ?

Nous persistons à croire aux forces de l’esprit : dans cinq ans, Emmanuel Macron n’aura finalement pas accompli grand-chose au cours de ses deux mandats. Edouard Philippe pourra alors lui succéder, tranquillement, inexorablement.

Jorge Hansen, pour John Milton Club, 21.07.2022

Thomas Ménagé, 30 ans, nouveau député RN à l'Assemblée nationale (photo de son profil Facebook)
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